Ton partenaire te suit ? Que faire si tu soupçonnes une surveillance
Plan pas à pas si tu as trouvé un logiciel espion ou un AirTag posé par ton conjoint. Comment rester en sécurité, garder les preuves et qui appeler.
Sur cette page 11 sections
- D’abord, respire et ne touche à rien
- Identifie ce qui tourne exactement sur ton téléphone
- Documente les preuves avant d’effacer
- Évalue ta sécurité honnêtement
- Retirer les apps de partage de position que tu n’as pas autorisées
- Retirer un logiciel espion (gérable sur iPhone, plus dur sur Android)
- AirTag ou traceur Bluetooth inconnu dans tes affaires
- Faut-il confronter ton partenaire ?
- Pour les lecteurs hors de France
- Numéros et ressources pour les prochaines 24 heures
- Le reset technique, au bon moment
Si ton conjoint actuel ou ex te menace, ce guide ne suffit pas. Appelle le 3919 (Violences Femmes Info, 24/7, gratuit, anonyme), le 116 006 (France Victimes, aide aux victimes 24/7) ou le 3018 (Net Écoute, cyberharcèlement). En urgence absolue : 17 (police) ou 112 (urgence européenne). Si ce que tu as trouvé sur le téléphone t’a fait peur, parle-leur d’abord, puis reviens à ce guide.
Quand tu comprends qu’un proche te surveille en cachette, ça coupe le souffle. Colère, peur, sidération, souvent tout en même temps. Il n’y a pas de bonne réaction unique. Ce guide passe par les étapes dans l’ordre que recommandent le plus souvent les conseillers qui traitent ces situations chaque jour. Le cadre s’appuie sur les protocoles de réponse de la Coalition Against Stalkerware, sur les recommandations du Safety Net Project (NNEDV), sur les standards de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (qui gère le 3919), sur France Victimes, et sur le cadre juridique français : Code pénal §222-33-2-2 (harcèlement moral, y compris cyberharcèlement, Loi du 3 août 2018), §222-14-3 (violences psychologiques), §226-1 à §226-7 (atteintes à la vie privée), §226-15 (interception illégale de correspondances), §323-1 (accès frauduleux à un système, Loi Godfrain), Loi du 9 juillet 2010 (ordonnance de protection), RGPD et Loi Informatique et Libertés sous l’autorité de la CNIL.
D’abord, respire et ne touche à rien
Avant de supprimer une app, de sortir un AirTag de ton sac ou de confronter qui que ce soit, prends quelques minutes pour t’arrêter.
Le plus important : ne confronte pas ton partenaire tout de suite. Ne retire pas la surveillance maintenant. Les logiciels espions comme les apps familiales du type « où es-tu ? » envoient une notification à la personne qui les a installés dès que le téléphone se déconnecte ou quitte le cercle commun. Si tu as le moindre soupçon que ton partenaire pourrait te mettre en danger, appelle d’abord le 3919. Un conseiller t’aidera à planifier les étapes pour que retirer la surveillance ne te place pas dans une situation plus difficile.
Pourquoi cette pause compte : la violence escalade rarement pendant la surveillance, mais au moment où l’agresseur découvre que la personne surveillée s’en va ou a alerté un tiers. La suppression du suivi est souvent ce premier signal. La statistique grimpe exactement à cet instant. Les conseillers savent depuis des années comment planifier ces étapes en sécurité, profite de leur expérience.
Si tu vis seul, que personne ne contrôle ta relation et que tu sais que rien ne te menace, tu as plus de marge. Mais la plupart des lectrices et lecteurs se situent entre ces deux extrêmes. L’appel dure environ vingt minutes et ne coûte rien.
Identifie ce qui tourne exactement sur ton téléphone
Tout ce qui ressemble à une surveillance n’est pas intentionnel. Faire calmement la différence t’épargne du stress inutile et oriente vers la bonne réaction.
| Catégorie | À quoi ça ressemble | Probabilité d’intention malveillante |
|---|---|---|
| App de partage de position que tu as acceptée un jour | Localiser, Google Family Link, invitation à un groupe il y a six mois | Le plus souvent anodin ou oublié |
| App familiale mutuelle | Vous voyez la position l’un de l’autre | Intention mutuelle |
| Spyware caché | App au nom neutre, sans icône, batterie qui se vide vite | Très suspect |
| AirTag ou traceur Bluetooth dans tes affaires | Petit disque dans ton sac, doublure de manteau, sous la voiture | Dépend du contexte, souvent suspect |
| Une app que tu as oubliée | Site de rencontre avec partage de position, app fitness reliée au partenaire | En général anodin |
Le stalkerware est une catégorie à part : un logiciel conçu pour se cacher sur le téléphone tout en envoyant tout vers un panneau distant. La Coalition Against Stalkerware (organisation internationale qui suit ce marché) recense des dizaines de produits, souvent vendus comme du « contrôle parental », en pratique souvent utilisés dans des relations de couple. Si l’app que tu as trouvée apparaît normalement dans la liste, porte un nom courant et que tu te souviens de l’installation, c’est probablement quelque chose que tu as accepté. Le vrai stalkerware se cache.
Documente les preuves avant d’effacer
Quelle que soit ta décision finale, les preuves rassemblées maintenant pèsent beaucoup plus que celles d’après la confrontation. Accorde-toi cinq minutes.
À garder :
- Captures d’écran : nom de l’app, date d’installation (Réglages > Général > Stockage iPhone > [app] sur iOS ; Paramètres > Applis sur Android), permissions accordées, comptes connectés.
- Photos des traceurs physiques : AirTag, Tile ou autre étiquette à l’endroit où tu l’as trouvée, avec un objet à côté pour l’échelle, plus une vue d’ensemble (poche du sac, sous le pare-chocs).
- Horodatages : quand tu l’as remarqué pour la première fois, quand les alertes sont arrivées, dates des comportements bizarres du téléphone.
- Consommation batterie et données : Réglages > Batterie (iOS) ou Paramètres > Batterie > Utilisation de la batterie (Android) font souvent remonter l’app suspecte en haut du classement.
- Historique des alertes : « Accessoire inconnu détecté », alertes AirTag qui te suit, messages d’état d’apps familiales.
Stocke ces captures là où ton partenaire ne peut pas voir : adresse e-mail privée, téléphone d’un ami, copies imprimées. Ne sauvegarde pas dans iCloud ou Google Photos si ces comptes sont partagés.
Évalue ta sécurité honnêtement
Ces quatre questions sont les premières que posent les conseillers. Tes réponses honnêtes changent chaque étape suivante.
- Vis-tu avec la personne que tu soupçonnes ? Le logement commun complique le timing : retirer quelque chose discrètement devient plus difficile.
- La relation a-t-elle connu des menaces, des escalades ou des violences physiques ? Un seul incident suffit. Inclut aussi le schéma « tu deviens folle, je n’ai jamais fait ça » lors d’anciennes confrontations.
- Y a-t-il un enfant en jeu ? Les conflits de garde et les abus techniques se rencontrent douloureusement. Les preuves comptent encore plus, et le rythme des décisions doit parfois ralentir.
- As-tu un endroit où aller et des personnes qui te croiront ? Si oui, tu as plus d’options. Sinon, un conseiller peut t’aider à construire le filet de sécurité avant que quoi que ce soit ne change.
Si l’une de ces réponses t’inquiète, appelle la ligne avant de supprimer quoi que ce soit. Les conseillers du 3919 mènent ces conversations tous les jours et ne te pousseront à rien.
Retirer les apps de partage de position que tu n’as pas autorisées
Attention : désactiver le partage peut alerter ton partenaire. Relis la section sécurité plus haut. Au moindre doute, appelle d’abord le 3919.
Si c’est une app de partage classique, et non un spyware caché, voici la marche à suivre sur les deux plateformes.
Sur iPhone :
- Réglages > Confidentialité et sécurité > Service de localisation. Désactive chaque app que tu ne reconnais pas ou dont tu n’as pas autorisé la position.
- Réglages > [ton nom] > Localiser > Partager ma position. Sur chaque nom, touche « Arrêter de partager ma position ».
- Réglages > [ton nom] > Famille. Quitte les groupes inconnus. Attention : ton départ envoie une notification à l’organisateur.
- Snapchat > profil > Réglages > Voir ma position > « Mode fantôme ».
- Google Maps > profil > Partage de position. Arrête tous les partages.
Sur Android :
- Paramètres > Localisation > Autorisations de localisation. Sur tout ce qui est inattendu, choisis « Ne pas autoriser ».
- Paramètres > Localisation > Services de localisation > Partage de position Google. Désactive.
- Google Maps > profil > Partage de position. Même vérification.
- Paramètres > Google > Tous les services > Family Link. Vérifie les appartenances.
- Snapchat > profil > Réglages > Voir ma position > Mode fantôme.
Ça couvre la majorité du suivi avec consentement. Si tu trouves une app que tu ne connais pas et qui n’est pas dans la boutique officielle, il s’agit probablement de stalkerware, et il faut une autre procédure.
Retirer un logiciel espion (gérable sur iPhone, plus dur sur Android)
Attention : la suppression peut tomber comme une notification dans le panneau de l’agresseur. Choisis le moment avec un conseiller dès que tu as une inquiétude pour ta sécurité.
Un spyware sur iPhone exige presque toujours soit un jailbreak, soit l’accès à ton compte iCloud. Si ton iPhone n’est pas jailbreaké (cherche Cydia ou Sileo dans Spotlight) et que tu changes le mot de passe Apple ID depuis un autre appareil, la surveillance via iCloud tombe immédiatement. Une réinitialisation usine après le changement de mot de passe nettoie le reste.
Android est techniquement plus difficile. Les apps qui se cachent du lanceur et exigent de retirer les droits d’administrateur avant la désinstallation sont courantes. Tu trouveras la marche à suivre détaillée dans le guide pour détecter si on suit ton téléphone : Mode sans échec, vérification des administrateurs d’appareil, analyse Play Protect. Dans les cas plus sérieux, le plus sûr reste la réinitialisation usine et la configuration en appareil neuf (sans restaurer depuis une sauvegarde).
Quand le risque est élevé, une astuce a du sens : achète un téléphone prépayé bon marché sur un nouveau compte, considère le téléphone d’origine comme compromis, et continue à l’utiliser comme si de rien n’était. Tu évites ainsi la notification « appareil hors ligne » qui se déclenche au moment de la suppression.
AirTag ou traceur Bluetooth inconnu dans tes affaires
Un iPhone sous iOS 14.5 ou plus récent t’alerte quand un AirTag qui ne t’appartient pas voyage avec toi. Apple envoie ces alertes en général 8 à 24 heures après la détection, selon ta proximité avec le propriétaire enregistré. Android dispose désormais des Unknown Tracker Alerts intégrés à Google (depuis 2024, Android 6.0+), et l’app Tracker Detect d’Apple complète la détection.
Quand tu trouves un traceur physique :
- Photographie-le d’abord sur place, avant de le toucher. Sous plusieurs angles, avec son environnement.
- Fais sonner l’AirTag via la notification > « Jouer un son » : tu confirmes sa position.
- Touche « Identifier l’objet trouvé ». Les quatre derniers chiffres du téléphone du propriétaire et le numéro de série s’affichent.
- Ne le détruis pas. Si tu portes plainte ou demandes une ordonnance de protection, l’appareil est une preuve.
- Désactive-le en retirant la pile : tourne le capot argenté de l’AirTag dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
Si tu trouves un traceur dans ta voiture et que tu soupçonnes un partenaire actuel ou ancien, les conseillers recommandent souvent de ne pas rentrer chez toi et de t’arrêter d’abord à un commissariat. La dernière position enregistrée se termine ainsi dans un lieu public sûr, et non devant ton domicile.
Faut-il confronter ton partenaire ?
Ce guide ne décidera pas à ta place. C’est une question de relation et de sécurité, à peser avec des personnes qui connaissent ta situation précise.
Ce que les conseillers décrivent comme relativement plus sûr : des relations courtes sans histoire de contrôle ni de violence, une thérapie de couple en cours, un partenaire qui parle ouvertement de sa propre insécurité. Plus risqué : toute violence physique passée, des comportements contrôlants, des menaces au moindre signe de départ, l’isolement des amis et de la famille, le contrôle financier ou des négations antérieures de l’abus technique. Si tu ne sais pas où te situer, vingt minutes au téléphone avec un conseiller te le clarifient.
Certaines personnes préfèrent d’abord parler à un thérapeute ou à un conseiller pour victimes. D’autres réalisent pendant cet appel que l’objectif n’est plus la confrontation, mais un départ planifié. Les deux situations sont fréquentes.
Pour les lecteurs hors de France
| Pays | Police | Violence conjugale | DPA |
|---|---|---|---|
| France | 17 | 3919 | CNIL |
| Belgique | 101 | 0800 30 030 | APD |
| Suisse | 117 | 0848 800 388 | PFPDT |
| Québec | 911 | 1 800 363-9010 | CAI |
Numéros et ressources pour les prochaines 24 heures
Note-les là où tu peux les atteindre sans déverrouiller ton téléphone : sur papier, dans le téléphone d’un ami, n’importe où en dehors de ton propre appareil.
- Violences Femmes Info : 3919 (24/7, gratuit, anonyme)
- France Victimes / Aide aux victimes : 116 006 (24/7, gratuit)
- Net Écoute, cyberharcèlement : 3018 (24/7, gratuit)
- Police : 17 · Urgence européenne : 112
- Coalition Against Stalkerware (ressources internationales) : stopstalkerware.org
- Cybermalveillance.gouv.fr (assistance et plainte en ligne) : cybermalveillance.gouv.fr
- Quelqu’un de confiance : parle au moins à une personne et convenez d’un contact régulier, un message quotidien avec un mot-code, un bref rendez-vous, n’importe quoi qui crée un filet de sécurité en dehors de la situation.
Ces lignes peuvent aussi être appelées par un proche qui soupçonne qu’un partenaire surveille quelqu’un. Tu n’as pas besoin d’être la victime directe.
Le reset technique, au bon moment
Quand toi (et le conseiller, si tu as appelé) êtes d’accord sur le bon moment, voici la procédure qui rend ton téléphone à un état propre.
- Depuis un autre appareil (téléphone d’un ami, ordinateur en bibliothèque), change le mot de passe Apple ID ou Google. Toutes les sessions suspectes se déconnectent et la voie via la synchronisation cloud se coupe.
- Active la double authentification par une méthode à laquelle ton partenaire n’a pas accès. Authenticator sur un appareil neuf, pas un SMS sur un numéro qu’il pourrait intercepter.
- Passe en revue les appareils connectés. Apple : appleid.apple.com > Appareils. Google : myaccount.google.com > Sécurité > Vos appareils. Déconnecte tout ce qui est inconnu.
- Réinitialise le téléphone en usine dans un endroit sûr. Ne restaure pas depuis une sauvegarde qui pourrait contenir la surveillance. Configure le téléphone comme neuf.
- Si le budget le permet, prends un téléphone neuf. Une SIM prépayée avec un nouveau compte garantit qu’aucune donnée compromise ne suit.
- Vérifie les autres comptes. E-mail, banque, cloud. Change les mots de passe depuis un appareil neuf.
Tu viens de gérer quelque chose que la plupart des gens n’ont jamais à traverser. Quelle que soit la décision que tu prends pour la relation, les conseillers et les personnes qui tiennent à toi sont de l’autre côté de ces numéros. Le plus dur, c’est décrocher la première fois.
Questions et réponses
Ce que les lecteurs demandent
5 questions · mis à jour mai 2026